- La jouissance dans tous ses états
Je suis à la place d'où se vocifère que l'univers est un défaut dans la pureté du Non-Etre.
Et ceci non sans raison, car à se garder, cette place fait languir l'Etre lui-même. Elle s'appelle la Jouissance, et c'est elle dont le défaut rendrait vain l'univers.
En ai-je donc la charge ? - Oui sans doute. Cette jouissance dont le manque fait l'Autre inconsistant, est-elle donc la mienne ?
L'expérience prouve qu'elle m'est ordinairement interdite, et ceci non pas seulement, comme les croiraient les imbéciles, par un mauvais arrangement de la société, mais je dirais par la faute de l'Autre s'il existait.
Subversion du sujet et dialectique du désir dans l’inconscient freudien, 1966
Cette citation de la fin des "Ecrits" témoigne du tournant du désir à la jouissance du dernier Lacan, à partir du séminaire sur "L'éthique de la psychanalyse" (1960) jusqu'au séminaire "Encore" (1972) et aux suivants sur le sinthome. Ce tournant s'est imposé par l'échec de l'analyse mais n'a pas été assez critiqué dans ses conséquences délétères. Il semble que chaque progrès de la théorie analytique finit par devenir contre-productif en se dogmatisant. En tout cas, ce passage du manque, du désir de l'Autre, au plein de la jouissance du corps est problématique, tout comme l'assimilation du symptôme à une jouissance opaque. Il ne s'agit pas d'en contester la "vérité" mais les effets discursifs. Plus généralement, comme on l'a vu avec les promesses de guérison, de libération sexuelle ou de traversée du fantasme, la psychanalyse se fourvoie à chaque fois qu'elle prétend à quelque positivité alors qu'elle n'a affaire qu'au négatif. "L’échec, c’est ce que nous opposons au succès" (La troisième) - lapsus, acte manqué, symptôme.
Si cette nouvelle promotion de la jouissance n'est donc pas sans raisons, comme on le verra, on ne peut ignorer en effet sa parfaite conformité au bruit de fond transgressif du discours publicitaire de la société de consommation et du spectacle, semblant annoncer Mai68 que la citation critique d'avance ! La focalisation sur la jouissance a non seulement l'inconvénient de sortir du langage et de la dialectique intersubjective pour revenir à des causes purement individuelles et non analysables, presque biologiques, mais, de plus, cela mène à l'assimilation de différents modes de jouissances plus ou moins incompatibles, ce qui est la source de confusions difficiles à éclaircir. Surtout, le seul fait de parler de cette jouissance mystérieuse ne fait que nous accabler un peu plus ("lier des fardeaux pesants et insupportables pour en accabler les épaules des hommes"), renforçant le sentiment d'en être privés dans les difficultés de la vie quand tant d'autres en seraient comblés ("Tous les garçons et les filles de mon âge"). On n'a effectivement pas besoin de ça pour, dès qu'on parle de jouissance, se faire l'idée d'une jouissance supérieure, imaginaire, purement verbale...
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- Freud et l'échec thérapeutique
A croire la présentation officielle, les choses sont simples : Zarathoustra prophète inspiré aurait fondé la première religion monothéiste. Mais, dès qu'on y regarde de plus près, on voit que rien ne tient. Même lorsqu'ils gardent un noyau de vérité, il ne faut jamais croire les textes sacrés. D'abord, il y a un grand écart d'un millénaire dans les datations possibles de l'existence supposée de ce Zarathoustra ! Ensuite, l'authenticité des quelques Gathas (hymnes) qui lui sont attribués est fortement douteuse. Enfin, il est faux d'y voir un monothéisme quand il ne s'agit que d'un Dieu suprême.
On ne peut considérer qu'il soit trop futile de s'intéresser aux religions alors qu'on assiste à une violente réaction religieuse et obscurantiste contre le progressisme et les sciences. Le rôle des religions est considérable, au moins depuis Sumer et l'Égypte, aussi bien au niveau politique que psychologique. Mon intérêt pour la question est très ancien puisque j'avais déjà tenté une 
J'ai posé cette question à DeepSeek et à ChatGPT : "Quelle philosophie pourrais-tu tirer de toutes tes données et de toutes les philosophies du monde, quelle serait la philosophie la plus probable ?". Les réponses ont été très semblables et même si semblables (bien que pas tout-à-fait) à mes propres conceptions que j'ai dû demander de les refaire en ignorant tout de moi sans que le résultat change beaucoup. Cette philosophie la plus probable n'a bien sûr rien d'innovant ou d'extraordinaire, prenant sa source dans le déjà-dit, c'est d'une certaine façon la philosophie la plus triviale, philosophie du désenchantement mais philosophie de notre temps et il n'est pas possible de traiter comme de simples opinions ce que nous répond tout le savoir du monde. Cela ne veut pas dire que ce serait pour autant la philosophie de nos contemporains tous attachés à leurs croyances et qui nous préparent déjà le retour sanglant de la métaphysique.
Il est téméraire de parler des nouvelles théories physiques, il y en a bien trop dont on n'entendra plus jamais parler, et il faut bien dire que l’article du mois de janvier "
C'est l'actualité dans ce qu'elle a de plus dramatique qui nous confronte à des renversements dialectiques que l'histoire et la philosophie hégélienne peuvent éclairer. On a vu que le premier souci de Hegel en se séparant de Schelling était d'éviter l'abstraction en essayant de coller aux phénomènes concrets et suivre leurs mouvements dialectiques dans leurs diversités, sans donc avoir besoin de définir cette dialectique à l'avance (ce qu'il fera après-coup dans la Logique). Ce n'est pas d'abord une méthode formelle, préconçue. Malgré tout, son opposition à Schelling implique un rejet de l'immédiateté ainsi que d'une dialectique statique entre opposés, en équilibre (philosophie de l'identité). La définition la plus générale de la dialectique pour Hegel est donc sa nature dynamique, évolutive, productive, transformatrice. Comme chez Fichte, toute action provoque une réaction, toute intention (liberté) rencontre une résistance (monde extérieur), exigeant un effort et éprouvant ses limites, mais formant à chaque fois une nouvelle totalité où chaque position dans son unilatéralité se heurte à l'opposition de l'autre jusqu'à devoir intégrer cette altérité dans leur reconnaissance réciproque, issue du conflit. "C’est seulement cette égalité se reconstituant ou la réflexion en soi-même dans l’être-autre qui est le vrai – et non une unité originaire ou une unité immédiate comme telle". (Phénoménologie, t.I p17-18)
C'est peu de dire que les dialogues philosophiques sont rares, sauf peut-être à l'adolescence, car un dialogue philosophique est contradictoire, c'est une dialectique entre arguments opposés, opposition qui est presque toujours mal acceptée et prise personnellement. Il est très malpoli de réfuter les autres. Ainsi, dans mon expérience aussi bien André Gorz que Bernard Stiegler prenaient très mal mes objections, seul Jacques Robin semblait les apprécier. Or, c'est désormais un exercice qui est à la portée de tout le monde avec les IA génératives comme interlocuteurs compétents à disposition de tous (plus jamais seul). On peut trouver leurs réponses scolaires et décevantes, mais c'est à quoi on peut répondre justement, formuler notre critique à laquelle l'interlocuteur répond à son tour. C'est ce qui fait avancer notre propre position, tout comme le ferait un dialogue philosophique (socratique) dépourvu de tout enjeu personnel. C'est un outil, un simple outil mais dont la pensée ne pourra plus se passer dans son élaboration plus que dans sa mise en forme, reproduisant les indispensables joutes scientifiques d'un laboratoire scientifique, telles que décrites par Jean-François Dars :
Le texte de 2002, "
